L’après long terme

Ca va devenir une habitude de répondre à Clochix

Un passage en particulier m’a interpellé :

Bien sûr, certains d’entre nous mettent en place des testaments numériques où nous confions nos clés à un proche pour qu’il mette de l’ordre dans nos affaires après notre disparition. Mais cela reste à mon avis une solution fragile, peu fiable sur le long terme. Il nous faudrait un service public de cimetière numérique, avec des concessions « perpétuelles ». Où figer et héberger pour quelques temps l’ensemble de nos contributions numériques. Et cela m’amène à la pérennité des noms de domaine. On n’est jamais propriétaire d’un nom de domaine, juste locataire pour quelques années. Serait-il légitime de conserver ces noms après notre mort ? Je ne le pense pas, les NDD sont une ressource commune que nous privatisons temporairement. L’hétéronyme Clochix ne m’appartient pas, je ne vois pas au nom de quoi j’interdirais pour l’éternité à d’autres d’utiliser l’adresse clochix.net. Et pourtant j’aimerais bien ne pas casser le Web, qu’après ma mort les liens vers mes billets ne se retrouvent pas soudain brisés. Que des redirections amènent les visiteurs vers le cimetière des billets.

Quand un ami disait récemment que “le web est encore immature” ou que “ce web le décevait”, je lui répondais que le web n’était qu’un reflet de l’humanité. Peut-être que reflet n’est pas le bon mot. Peut-être est-ce plutôt une projection.
Le web est une projection tellement fidèle de l’humanité que la NSA pense jouer à Person of Interest et prévoir les crimes à l’avance avec suffisamment de précision.

On aimerait être immortels, profiter des bonnes choses un peu plus. On aimerait observer les générations suivantes réussir là où on a échoué. Mais nous sommes condamnés. Après notre disparition, il ne reste que des souvenirs chez celles et ceux que l’on a connu, une trace que l’on a laissé sur eux. Peut-être des traces médias diverses. Mais ces traces se raréfieront, disparaitront. Elles ne disparaitront pas forcément dans l’absolu, mais au moins noyées dans le bruit des échanges des survivants.
A part d’irréductibles romantiques comme Karl, qui lit les archives du W3C des années 90 plutôt que le dernier article sur Grunt vs Gulp ?

Si nous sommes voués à disparaitre, peut-être est-il vain que nous essayons de préserver ce qui est condamné, parce que nous ne serons plus là pour le maintenir. Peut-être que casser un lien n’est que la projection de la fin de notre projection. Peut-être devons-nous accepter de casser le web dans l’après long terme.

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